Marc Bloch (1886–1944) l'un des plus grands historiens français du XXe siècle


23 juin 2026 - 140 vues

Marc Bloch (1886–1944) était l'un des plus grands historiens français du XXe siècle, célèbre pour avoir renouvelé en profondeur la manière d'étudier l'histoire, mais aussi pour son engagement héroïque durant la Seconde Guerre mondiale.

Voici ce qu'il faut retenir de sa vie, de son œuvre et de son héritage :

1. Le fondateur de l'École des Annales

Avant Marc Bloch, l'histoire en France était principalement "batailliste" et politique, centrée sur les grands hommes, les traités et les dates clés. Avec son confrère et ami Lucien Febvre, Bloch va bouleverser cette approche.

  • La revue des Annales : En 1929, ils fondent la revue Annales d'histoire économique et sociale. Leur but est de croiser l'histoire avec d'autres disciplines comme la sociologie, l'économie, la géographie et la psychologie.

  • L'histoire des mentalités et des structures : Au lieu de se focaliser uniquement sur les élites, Bloch s'intéresse à la vie quotidienne, aux structures agraires, aux croyances populaires et à l'économie des sociétés passées.

  • Le comparatisme : Il a été l'un des pionniers de l'histoire comparée, analysant les similitudes et les différences entre les différentes sociétés européennes (notamment la France, l'Angleterre et l'Allemagne).

2. Un spécialiste magistral du Moyen Âge

Marc Bloch est avant tout un médiéviste exceptionnel. Deux de ses ouvrages restent des références absolues :

  • Les Rois thaumaturges (1924) : Une étude pionnière d'histoire des mentalités. Il y examine la croyance populaire selon laquelle les rois de France et d'Angleterre avaient le pouvoir de guérir les écrouelles (une maladie de peau) par simple toucher. Il analyse comment le pouvoir politique a utilisé le sacré pour asseoir sa légitimité.

  • La Société féodale (1939-1940) : Une synthèse magistrale qui décrit les structures sociales, les liens de dépendance (vassalité), la mentalité et le fonctionnement économique de l'Europe médiévale.

3. Le témoin lucide : L'Étrange Défaite

Français d'origine juive, patriote ardent, Marc Bloch combat courageusement pendant la Première Guerre mondiale (ce qui lui vaut la Légion d'honneur et la Croix de guerre). En 1939, malgré son âge (53 ans) et ses six enfants, il choisit de reprendre du service.

Après la débâcle de l'armée française face à l'Allemagne nazie, il écrit à chaud, durant l'été 1940, un livre lucide et implacable : L'Étrange Défaite (publié clandestinement en 1946).

Dans cet ouvrage, il ne cherche pas de boucs émissaires mais livre une analyse sociologique et politique des causes de l'effondrement français, pointant du doigt les failles du commandement militaire, l'enseignement de l'histoire, la paresse intellectuelle des élites et le manque de préparation du pays.

4. L'engagement résistant et le martyre

Refusant de fuir à l'étranger malgré les lois antisémites du régime de Vichy qui le privent un temps de ses fonctions, il finit par rejoindre la Résistance active à Lyon en 1943, sous le pseudonyme de "Narbonne". Il devient l'un des dirigeants des Mouvements Unis de la Résistance (MUR).

Arrêté par la Gestapo en mars 1944, il est torturé de longs mois par les hommes de Klaus Barbie mais ne parle pas. Le 16 juin 1944, quelques jours seulement après le débarquement de Normandie, il est fusillé par les Allemands à Saint-Didier-de-Formans, aux côtés d'autres résistants. Ses derniers mots auraient été : "Vive la France !"

Son testament méthodologique

Alors qu'il était traqué et privé de sa bibliothèque, il a rédigé un texte essentiel publié après sa mort : Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien. C'est dans ce livre qu'il définit l'histoire non pas comme la simple accumulation de faits, mais comme "la science des hommes dans le temps", un outil indispensable pour comprendre le présent à la lumière du passé, et inversement. 

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